Hervé Charton, artisan de théâtre

Comédien, improvisateur, metteur en scène, auteur, chercheur, pédagogue...

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Pièce de théâtre

Un plastique dans la mare

Pièce en trois mouvements, prologue, épilogue et quatre chansons.

lundi 7 juillet 2008, par Hervé Charton

Pièce en trois mouvements, prologue et épilogue.

En pleine nuit, dans un lieu urbain de passage.

Résumé

Thomas, trentenaire marié, habitant des villes, sort de chez sa maîtresse, quelque part en banlieue, pour se rendre chez lui. Traversant cet espace d’entre-deux, il s’y égare volontairement, écoute et sent. Avec Cendrillon, une femme croisée plusieurs fois, ils cherchent à se parler, à évoquer une histoire possible. Morgane, à la fois épouse et maîtresse, part à sa recherche dans le dédale des rues pour le ramener chez eux, le sortir de cet endroit où il semble vouloir rester.

Un viol, un racket, un meurtre.

De ces violences, qui apparaissent au climax de chaque mouvement, le Passant est le témoin pétri de bonne volonté, voulant toujours agir, mais ne faisant rien, et mettant son point d’honneur à expliquer pourquoi.

Un personnage parcourt la pièce de bout en bout, toujours présent. Il chante, danse, commente l’action, parle d’autre chose. Il est Muche, un homme de la rue. Son soliloque est écrit en marge de la pièce.

C’est finalement entre Muche et Thomas que se jouera l’issue de l’intrigue, le croisement improbable de l’espace public et du désarroi intime.

Lecture publique

L’enregistrement ci-dessous a été réalisé par Lionel Vidal à l’Ecole normale supérieure, le 13 juin 2007, en public.

Distribution (par ordre d’apparition) :

Thomas : Béranger Crain ; Morgane : Hélène Merlin ; Muche : Miquel Oliu Barton ; Cendrillon : Delphine Biard ; H., J., V1., A. : Cyril Boccara ; Le Passant : Emilien Gobard ; V2., P1., compagnon de A. : Rossella Cecili ; P2., compagnon de A. : Eglantine Rivière ; Piano et didascalies : Hervé Charton.

Liste de lecture :

  1. Prologue : Thomas ne veut pas rentrer chez lui (3:08)
  2. Entrée de Muche, chanson : Le papillon de nuit (2:07)
  3. Premier mouvement : la rencontre, la maîtresse, le viol (14:11)
  4. Chanson : Le ballet d’amour (2:18)
  5. Deuxième mouvement : la femme, le renouveau raté, le vol à main armée (24:21)
  6. Chanson : Le blues du Passant (1:54)
  7. Troisième mouvement : les prostituées, le divorce, le meurtre (20:25)
  8. Chanson : La vie de clochard (2:07)
  9. Epilogue : l’échange (6:46)

Extrait

Prologue

Thomas. Deux secondes
encore deux secondes
je - oui ! - suis resté deux secondes de plus dans ces - moi ! - draps chauds puant l’odeur de, l’odeur de que j’aime tant oh ! l’odeur de l’amour ; on pourrait tant dire l’odeur d’amour, avec la pointe amère
et toi que je viens de quitter, restée dans ces draps avec mes deux oui ! secondes collées à la peau - j’ai ces deux secondes, qui maintenant je le sais t’emplissent et te réconfortent
tu sais que je reviendrai et qu’ensemble oui ! baisers, torsions, moiteur, étreinte, ces draps déjà refroidis lavés - tout à refaire - recouvreront l’odeur et la chaleur ces charmes qui retiennent

Morgane passe discrètement, reste un peu à écouter.

Thomas. Oui je reviendrai
j’ai oui ! bien envie de revenir déjà mignonne et de te faire sentir - jolie coquine - que je ne suis pas l’homme de deux secondes
mais pas d’empressement - oh non ! tu n’es pas celle à qui je montre surtout jamais de l’attachement - oh non ! pourrait se retourner contre, le genre - oh oui ! de truc à se retourner contre
rester calme et distant garder l’excitation fébrile, la petite excitation de roquet, pour la branlette et les discours perso au milieu de nulle part
idem le sourire grassouillet satisfait

Mais non j’en ai assez de toi
oui ! ça m’arrive oui ! moi m’être repu de toi et puisque tu es celle dont je ne fais que me repaître j’en ai assez de toi
il est tard déjà, il n’est plus l’heure de recommencer et je redeviens l’enfant, l’homme, le mari - moi ! - celui qui aime en contrat de mariage, en construisant, et respect s’il te plaît
oui coquine tu le crois ça ? moi fou consommateur de tes charmes, adorateur de ta peau et de - oh oui ! toutes ces choses de femmes ma
sublime, j’aime et suis aimé en cadre légal
parfum de parquet, de litière de chat et bien des chiards en perspective

Elle est partie.

Thomas. Oh mais non ! pas envie
j’ai encore envie de flâner, faire passer odeur, cette douce chaleur faire passer - j’ai trop bu déjà oui ! - rester encore ici, tourner un peu en ce lieu que je connais à peine - que les lumières s’éventent - ici, que je traverse le jour sans accroc et la nuit sans y lever les yeux
aujourd’hui - cette nuit, m’arrêter un peu oui ! regarder mieux, voir un peu de ces pupilles alcoolisées où c’est-y que je vis voyons voir - j’ai
ce lieu sombre inconnu - j’ai un peu peur de ce lieu là où je sens qu’il va m’arriver des trucs

Muche.

Moi poussant mon caddie
Piqué au Champion,
J’suis un papillon d’nuit
Collé au (bando)néon.
Quel con que j’ai été
A vouloir m’allumer,
A vouloir exister !
Maintenant je suis grillé.

Que manger ce matin ?
Je ne sais pas
Je ne sais pas
Je ne sais pas
Rien.

Moi le papillon d’nuit
Collé au néon,
J’ai pas d’autres habits
Que des vieux chiffons.
Quel con que j’ai été
A vouloir m’habiller !
Maintenant regardez bien :
J’ai l’air de quoi ? De rien.

Que manger ce midi ?
Je ne sais pas
Je ne sais pas
Je ne sais pas
Que d’chi.

Moi dans mes vieux habits,
Dans mes vieux chiffons,
Où c’est que j’dors la nuit ?
Où je peux, mon bon !
Quel con que j’ai été
A vouloir habiter
Sous climat tempéré !
Maintenant je suis gelé.

Que manger le soir ?
Je ne sais pas
Je ne sais pas
Je ne sais pas
Va savoir.


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