Hervé Charton, artisan de théâtre

Comédien, improvisateur, metteur en scène, auteur, chercheur, pédagogue...

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Kourandart

Tchekhov en famille

"Les trois sÅ“urs", de Tchekhov, par Volodia Serre, au Théâtre de l’Athénée

samedi 13 novembre 2010, par Hervé Charton

Mettre en scène Les trois sÅ“urs, confier les rôles principaux à ses trois propres sÅ“urs et jouer soi-même le grand frère… l’occasion était trop belle pour être manquée, Volodia Serre ne s’en est pas privé. En famille, il nous offre un spectacle très beau, subtile combinaison d’humour, de mélancolie et de chaleur.

Pile un an après la mort de leur père, Olga, Macha, Irina et leur grand frère Andreï s’ennuient ferme dans leur petite ville de province. Trop cultivées pour leur environnement, les trois sÅ“urs ne se plaisent qu’avec les officiers militaires de la garnison locale. Olga, l’aînée vieille fille, professeur au lycée, attend désespérément que n’importe qui la demande en mariage. Macha elle, est mariée, mais méprise son mari, et tombe vite amoureuse de l’officier en charge de la garnison, lui aussi marié avec deux petites filles. Quant à la dernière, Irina, fatiguée de ne rien faire que repousser les avances de tous les moches ou les fous qui voudraient l’épouser, le travail devient son idéal, le vrai labeur, celui qui épuise, fait suer et dormir bien… Enfin n’oublions pas le frère, jeune homme brillant sur qui reposent tous les espoirs – il sera professeur à l’université de Moscou ! – mais qui tombe amoureux d’une femme sans finesse, l’épouse et se retrouve dupé, piégeant toute la famille avec lui.

Noir tableau, et pourtant… Par magie, tout ceci s’anime avec humour et chaleur, le rire est bien plus fréquent que les larmes. Portée par une équipe de comédiens fantastiques, la pièce vibre dans chacune de ses phrases ; rien ne résonne en creux, tout semble s’inscrire dans une logique souterraine où la loi n’est pas le désespoir, mais l’amour. Juliette Delfau déploie son personnage de bourgeoise parvenue avec une énergie succulente. Olivier Balazuc est fortement touchant en Verchinie, amoureux de Macha mais marié, avec le désespoir de ceux qui n’abandonnent rien. Citons également Jacques Alrick, François de Brauer, Jacques Tessier, ou encore Anthony Paliotti… et bien sûr la fratrie de ville et de scène, les trois sÅ“urs Serre et leur grand frère. Quelle famille incroyable où tous savent jouer, chanter et lire un texte ! Alexandrine est une Olga où se croisent toutes les vieilles filles de la littérature. Joséphine en Macha rappelle, toute de noir vêtue, celle de La Mouette, au désespoir alcoolique. Léopoldine enfin donne à sa toute jeunesse une maturité étonnante pour celle des trois sÅ“urs, Irina, qui a peut-être le plus grand parcours dans la pièce.

Mais indépendamment des qualités personnelles de chacun, c’est véritablement ce lien, cette affection et cette familiarité qui existent entre eux qui donnent à ce spectacle sa force émouvante. Une telle empathie entre acteurs ne se retrouve pas souvent, et il y faut plusieurs années de travail en commun. C’est beau à voir, agréable à entendre, ce travail d’équipe où chacun est attentif aux autres. Volodia Serre l’exploite avec une certaine finesse, en projetant entre chaque acte des images de leur enfance commune. Cela flirte avec l’invitation au voyeurisme, gênante au début, et petit à petit naturelle : on comprend vite que la pièce ne nous parle pas d’aujourd’hui, qu’elle n’a rien à voir avec nous, qu’elle est démodée, muséale. Ce qu’on vient voir, réellement, c’est comment ça se joue, comment cela existe, respire, chante, s’écoute et se parle, l’histoire n’a pas d’importance. Seule la famille importe, cette chaleur que l’on sent là, magnifiquement, avec son cortège de disputes et de rires.


Voir en ligne : L’article sur Kourandart

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