Hervé Charton, artisan de théâtre

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Kourandart

Des détritus au royaume de Danemark

"Hamlet", de Shakespeare, par Nikolaï Kolyada, Théâtre de l’Odéon - Ateliers Berthier

dimanche 10 octobre 2010, par Hervé Charton

Le metteur en scène russe Nikolaï Kolyada, qui commence à s’imposer sur la scène internationale, présente à l’Odéon dans le cadre du Festival d’Automne un Hamlet sorti des poubelles, mâché et digéré, farcesque et puissant.

Dans sa ville d’Ekaterinbourg, dans sa Russie, Nikolaï Kolyada ne peut être inconnu comme il l’est encore en France. Auteur, acteur et metteur en scène prolifique, acharné, il a écrit plus de quatre-vingt-dix pièces, reçu de nombreuses distinctions, mis en scène des dizaines de spectacles dans un théâtre privé qu’il a construit et développé de ses mains, avec une troupe qui lui est dévouée. Il développe un « théâtre pauvre », un théâtre des moyens du bord, basé sur l’acteur, ses gestes, ses émotions, son regard avec pour seuls accessoires des objets de récupérations.

En guise de détritus ressuscités, c’est une farandole de canettes, de bouchons, de reproductions de tableaux qui défile. Dans cet univers de déchets, les acteurs, vomis d’une porte au fond comme d’un orifice originel, sont des chiens, la laisse au cou, qui crachent, qui pètent et font des orgies en se refilant des bouchons. La Joconde est là, symbole de Culture, en quinze exemplaires, adorée comme un être de chair, caressée,
embrassée, torturée, consommée.

Face à ces tableaux vivants, emportés par une musique tonitruante, tirée elle aussi des poubelles, nous constatons, saisis, que jamais la débauche du royaume de Danemark, portée par l’excellent roi Claudius, n’avait été si forte, à la fois jubilatoire et inquiétante. Ce terreau fournit au fantastique Oleg Yagodin un socle fécond pour une performance rare dans ce rôle mythique. Son Hamlet est énergique, nerveux, fort d’une colère sourde, et parfois sensible, touchant, comme un chiot au bord de la syncope. Étonné lui-même de la puissance de sa parole, jamais l’acteur ne tente de devancer son personnage, mais se laisse porter, ballotté par ce royaume ivre vers sa propre fin.

Inconnu en France, Kolyada ne le restera pas longtemps.


Voir en ligne : L’article sur Kourandart

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