Hervé Charton, artisan de théâtre

Comédien, improvisateur, metteur en scène, auteur, chercheur, pédagogue...

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Les Trois Coups

Ne pas ne pas pouvoir tuer

Les Mains sales, MC 93 à Bobigny

mardi 14 octobre 2008, par Hervé Charton

Sebastian Baumgarten et ses comédiens proposent une lecture critique de l’Å“uvre de Jean-Paul Sartre, pour poser la question de l’engagement politique, de la place de l’individu face à la société, au temps des idéologies mortes. Le théâtre se montre ici dans toute sa force analytique et spectaculaire à la fois. Une grande leçon de scène, et une invitation puissante au débat.

Hugo est un jeune intellectuel bourgeois d’un pays de l’Est germano-slave. Par idéologie, il rompt avec sa classe et rejoint le parti révolutionnaire. Le chef de ce parti, Hoederer, s’apprête à conclure des accords avec la droite, ce qui est contre l’idéologie sociale développée par la branche activiste du même parti. Celle-ci charge Hugo, mourant d’impatience de passer à l’action, d’assassiner Hoederer.

Il faut préciser : il ne s’agit pas exactement d’une mise en scène des Mains sales de Jean-Paul Sartre. Pas seulement. Il s’agit en fait, et nous en sommes avertis dès l’entrée, d’une confrontation de ce texte de Sartre, écrit en 1958 et se déroulant entre 1943 et 1945, et d’un texte de philosophie politique datant de 2005, où il est question de société de spectacle, de démocratie et de totalitarisme (nous n’avons malheureusement pas eu le temps de noter les références). Le spectacle s’ouvre par le texte critique, embraye sur celui de Sartre, dont l’histoire est ponctuée de lectures aliènes.

L’exercice a l’air bien théorique, et on peut craindre, dans les premiers moments, d’assister à l’exposé abstrait d’une exégèse de l’Å“uvre. Mais, heureusement, la mise en scène et les comédiens instaurent très vite un espace ludique, voire bouffon, qui saura très bien se muer, en temps opportun,
en véritable lieu de drame. Ainsi, un petit miracle se produit-il : la pièce de Jean-Paul Sartre se développe sur scène, en même temps que son analyse, et la cohabitation fonctionne.

On sent que ceux-là viennent du pays de Brecht, cité plusieurs fois dans la pièce. Il a inauguré une culture qui a fortement inspiré ce travail de déconstruction. C’est aussi une forme dramatique amplement mise à l’étude par du non-dramatique, par de l’organique, ce dont beaucoup de metteurs en scène français devraient s’inspirer. Par le ludisme, la liberté, l’improvisation et les allers-retours entre intérieur et extérieur, le jeu emprunte à la performance, au sens où le théâtre nous est montré pour ce qu’il est : du spectacle, ici et maintenant. Toutes les transitions entre tableaux sont effectuées dans une certaine violence, dans le tremblement explosif, donnant corps à la dialectique entre violence et idéalisme qui se trouve au cÅ“ur de la pièce. Ainsi la réflexion, qui est l’âme de ce travail, peut-elle prendre appui sur des images fortes mais dignes de foi, puisque identifiées comme telles.

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