Hervé Charton, artisan de théâtre

Comédien, improvisateur, metteur en scène, auteur, chercheur, pédagogue...

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Les Trois Coups

Calamity Scène

Force Faible, Théâtre de la Bastille

lundi 10 novembre 2008, par Hervé Charton

Sur le chemin d’une grande épopée, Gildas Milin et les Spinifex donnent au Théâtre de la Bastille une fiction-concert. Première étape avant la traversée du désert, direction le Grand Ouest. C’est un cabaret-western-rock-post-trauma un rien badin que l’on découvre, drôle et sympathique, vague et sans excès.

Cela s’ouvre par une marche d’éclopés. En file indienne, leur procession est celle d’une bande de bancals à béquilles, mais possède déjà, par la régularité, le rythme installé, un parfum « d’ouest ». Cette marche pourrait tout autant être exécutée dans un pénitencier de western, boulets aux pieds. Après quoi, le barbu que l’on connaît sous le nom de Gildas Milin nous explique, culotté, que lui et les autres barbus à chapeaux de cowboy sont des femmes. Si, si. À partir de là, se raconte une histoire entrecoupée de chansons, celle des Spinifex, ce groupe de femmes rockeuses qui se retrouvent au retour de la mort.

L’histoire est rocambolesque, empreinte d’une fascination pour l’au-delà qui peut laisser sur le côté, et d’une vague poésie pas très convaincante non plus. Elle n’est pas encore mûre, et cela se voit bien. Mais les Spinifex ne semblent pas plus sûrs de ce qu’ils font que nous de ce que nous voyons. Leur grande qualité : ils instaurent entre eux et le public un rapport immédiatement bienveillant, fondé sur l’« être ensemble ». C’est une constante des derniers spectacles de Gildas Milin, ne pas faire semblant, mais parler au public vraiment, simplement, voire lui offrir des bières. Comme dans l’Homme de février ou Machine sans cible, ils commencent par instaurer une énergie commune entre eux et le public, un peu sur le mode de la badinerie, et partent de là pour raconter leur histoire.

Milin aime traverser les lignes, interroger les frontières. Un des premiers textes du spectacle le dit, la frontière entre fiction et réel n’est pas donnée, précise, identifiable. Mine de rien, ces six barbus en jean et tee-shirt qui se prétendent des femmes, sans trop rien faire de plus sinon les ongles vernis, cela déplace la perception, aiguise une curiosité. C’est un peu fou et réjouissant. Cela rend disponible autrement aux chansons qui, le plus souvent, surgissent de l’histoire. Et, inversement, cette histoire à laquelle on ne s’attache pas trop, voici qu’elle s’éclaire autrement quand tout à coup résonnent des accords qui flirtent tour à tour avec les Rita Mitsouko, Java ou Noir désir, mais peinent un peu à évoquer cet Ouest dont on parle.

On pourrait regretter le manque d’ambition de ce sympathique moment partagé, et la rigueur de l’Homme de février ou du plus ancien Anthropozoo. Il y a quelque chose de paresseux à se contenter de la forme lisse et fourre-tout du work in progress. Mais c’est une carte blanche à Gildas Milin à l’invitation de Jean-Marie Hordé, directeur du Théâtre de la Bastille. Il aurait tort de ne pas en profiter pour essayer des choses, se laisser aller. D’autant qu’avec cette histoire iconoclaste, une bonne musique et des interprètes immédiatement sympathiques, cela reste très agréable à suivre. On attend la suite avec impatience.


Vous pouvez retrouver cette critique sur le journal quotidien du spectacle vivant, lestroiscoups.com.

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