Hervé Charton, artisan de théâtre

Comédien, improvisateur, metteur en scène, auteur, chercheur, pédagogue...

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Les Trois Coups

L’île de la dépravation

Sa majesté des mouches, de William Golding, au Théâtre 13

vendredi 9 janvier 2009, par Hervé Charton

Une dizaine d’enfants britanniques rescapés d’un accident d’avion sur une île déserte s’invente une société pour survivre. Chacun se raccrochant à ses maigres valeurs, deux « courants » s’opposent bientôt : ceux qui veulent « faire couler le sang du cochon » et ceux qui veulent faire des assemblées. Texte un peu schématique, soucieux de faire fonctionner son allégorie sans plus de finesse, mais servi avec une énergie et une invention réjouissantes.

Lorsque Ralph et un gamin asthmatique et myope de son âge se découvrent rescapés d’un accident d’avion, ils ne savent rien et sont perdus : plus personne n’est là pour leur dire quoi faire. Ils trouvent une conque, et Ralph, en soufflant dedans, sonne ainsi le rassemblement des rescapés, tous des enfants ou jeunes adolescents – des garçons. Ils doivent s’organiser pour survivre et attendre des secours : tel est l’avis de Ralph. Mais Jack, chef de chorale et aspirant chef tout court, a une autre envie, car en effet : plus personne n’est là pour dire quoi faire !

L’intrigue est cousue de fil blanc. Il y a assez peu matière à surprise. Et c’est sans doute le principal défaut de cette adaptation : ce qui motive ces enfants, ce qui les fait basculer de la civilisation à la barbarie reste caché, mystérieux, et au final très superficiel. On a juste le sentiment qu’ils jouent, qu’ils ne se rendent pas compte, qu’ils sont fous peut-être. Mais comment ils deviennent fous, comment leur pensée en pleine formation est déviée par cette situation exceptionnelle, ceci échappe complètement au spectateur.

Le premier acte est de ce point de vue tout à fait réussi. On découvre les enfants en même temps qu’ils se découvrent. Rien n’est tracé encore, même si on comprend très vite quels seront les leaders et les suiveurs. Mais cette hésitation dans leur destin est assez belle à voir, de même que la façon
dont ils se construisent des règles, un semblant de société : en jouant. C’est là que le talent des comédiens et l’audace de la scénographie s’expriment dans toute leur splendeur : acrobates, grimpeurs, danseurs, chanteurs, ils investissent avec fluidité et joie cet espace, qui ressemble à un parcours de santé, mais assez exigu pour onze grands gaillards. On rit beaucoup, et il faut reconnaître qu’ils réussissent alors à nous capter pour ne plus nous lâcher. Le rythme est maîtrisé, tout ceci ressemble à une belle chorégraphie, et se laisse voir avec bonheur.

Mais l’angoisse, la peur de ces enfants, est assez peu concrète. L’île manque de réalité. Les fruits, les plages, les monstres vont et viennent dans le regard des protagonistes sans vraiment se distinguer. On dirait que l’essentiel est de jouer, dans une frivolité toujours plus affirmée, ce qui rend le propos très naïf, donc assez peu convaincant. C’est pourtant un très bon moment qui se passe en la compagnie de ces jeunes comédiens très énergiques. Chacun développe une belle liberté et des personnages attachants, au service d’une histoire qui reste merveilleuse.

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