Hervé Charton, artisan de théâtre

Comédien, improvisateur, metteur en scène, auteur, chercheur, pédagogue...

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Kourandart

La vie comme un fantôme errant

Macbeth, au Théâtre de l’Opprimé

mercredi 22 avril 2009, par Hervé Charton

Sept comédiens interprètent les vingt-deux personnages de cette grande tragédie du mal, Macbeth, la plus noire que William Shakespeare nous ait donnée. Fluidité et fulgurance de l’image semblent être les maîtres mots de cette mise en scène teintée d’orient, qui nous fait pourtant bien entendre l’Écosse, et les tourments des âmes dénaturées par le crime.

Macbeth, cousin du roi Duncan, comte de Glamis, chef des armées, revient victorieux et aimé de tous après une bataille décisive contre l’ennemi d’Écosse, la Norvège. En chemin, il rencontre trois êtres mystérieux qui le nomment par trois fois : comte de Glamis, comte de Cawdor et roi d’Écosse. Lorsque la nouvelle lui parvient que le roi, voulant le récompenser pour sa bravoure, vient de le nommer comte de Cawdor, Macbeth se sent pousser des ailes noires et une ambition sauvage, sanguinaire le prend.

En se laissant pénétrer par les paroles empoisonnées des “soeurs fatales†, ici représentées d’une manière originale et tout à fait réjouissante, Macbeth s’engouffre dans un engrenage purement tragique ; chaque acte appelle le second, le sang succède au sang, le crime exige l’insomnie, laquelle engendre la folie. C’est sur cette construction dramatique implacable que le metteur en scène, Serge Poncelet, également interprète du rôle-titre, semble s’être concentré, pour nous conter cette histoire avec une parfaite maîtrise du métier.

Usant de toute l’expertise de l’équipe du théâtre Yunqué, Ulrich Mathon au son, François Martineau aux lumières, et des comédiens visiblement avertis sur le plateau, Serge Poncelet convoque tout un système de codes venus d’ailleurs. En premier lieu, le Japon et la Chine inspirent les costumes, les accessoires, et certains traits de gestuelle. Celle-ci est également nourrie d’expressionnisme allemand, de jeu de masque rendu très éloquent par un maquillage intensif et blafard du visage, à la manière des mimes macabres de la fin du XIXème siècle et des acteurs du cinéma muet. Il est sensible que Serge Poncelet est passé par le Théâtre du Soleil, ce qui est une marque indéniable de savoir-faire. Cela se ressent également dans l’utilisation ingénieuse de quelques éléments de décor pour figurer tout un monde qui change de scène en scène, et la présence presque continue d’une bande sonore très riche. Le jeu ne mettant pas l’accent sur la psychologie des personnages, mais sur leurs actions, leur besoin d’accomplissement, en un mot leur être tragique, c’est en effet par le son que passe l’essentiel de l’ambiance et de l’émotion, et que le voyage dans la sombre Écosse médiévale se fait.

En tout point, ce spectacle est donc un spectacle de maître, un spectacle de ceux qui savent faire. Il est alors extrêmement déroutant : nous sommes à ce point habitués à voir sur les scènes françaises des apprentis sorciers, des bricoleurs qui savent parfois, au gré de leur intuition et leur talent, produire la pierre philosophale sans bien connaître les outils et la matière de cette belle alchimie que nous nous émouvons beaucoup de leurs numéros d’équilibristes. C’est ce que nous appelons la vie sur scène. Et ici, bizarrement, bien que la mise en scène soit bien réglée, que l’ennui ne prenne pas, que le jeu soit convaincant, que l’histoire soit transmise, cette incertitude, cette fragilité manque. La vie est pourtant bien présente, mais comme ce fantôme errant dont il est question à la fin de la pièce. C’est peut-être pourquoi, à défaut d’émouvoir vraiment, ce Macbeth fascine et, surtout, laisse une marque.

Macbeth
De William Shakespeare
Traduction / adaptation d’Éric Prigent
Mise en scène de Serge Poncelet
Avec Yohann Mateo Albaladejo, Eirin Marlene Forsberg, Luc Mansanti, Serge Poncelet, Éric Prigent, Philippe Simon, Olga Sokolow
Au Théâtre de l’Opprimé jusqu’au 3 mai

Théâtre de l’Opprimé
78 rue du Charolais
75012 Paris
Réservations : 01 43 40 44 44
Site : www.theatredelopprime.fr

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