Hervé Charton, artisan de théâtre

Comédien, improvisateur, metteur en scène, auteur, chercheur, pédagogue...

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Kourandart

Itinéraire d’un enfant gâté

Liliom ou la vie et la mort d’un vaurien de Ferenc Molnár, au Nouveau Théâtre de Montreuil

jeudi 14 mai 2009, par Hervé Charton

Liliom est un bon-à-rien, un bonimenteur de foire, celui qui est beau, dont toutes les femmes sont amoureuses, mais qui est vulgaire, paresseux, infect et violent. Liliom est l’anti-héros d’une histoire "primitive", une de ces histoires de banlieue que racontent les vieux en secouant la tête d’un air entendu, féerique et mythique.

Sur un bord de foire. Julie, une petite domestique, se fait jeter à grands cris par la patronne du manège, Madame Muscat. C’est qu’elle s’est laissée tripoter par le bonimenteur, Liliom, dont c’est pourtant le boulot de faire du gringue aux boniches, et de prendre leur argent. À ça qu’il sert, rien d’autre, il ne sait rien faire d’autre. Quand il montre son museau, il est vulgaire, irascible, envoie paître ces dames qui pourtant s’accrochent, luttent et restent. Julie lui plaît, c’est sûr, alors la patronne, jalouse, le met à la rue, licencié. Et Julie, qui veut rester pour cet impossible Liliom, manque l’heure du couvre-feu : virée, elle aussi.

Liliom veut dire "lys" en hongrois - ce personnage est pourtant tout le contraire d’un symbole de pureté. C’est dire avec quelle ironie et quel cynisme Molnár
aborde cette légende. L’humour est omniprésent : dans les personnages ridicules ou décalés qui gravitent autour du couple ; dans l’entêtement absurde et désinvolte de Julie et Liliom qui ne savent pas se parler et se disent n’importe quoi ; dans les situations incongrues, comme le braquage manqué, ou encore l’interrogatoire post-mortem du héros. Car, oui, Liliom est l’histoire de la vie et de la mort d’un vaurien : on le suit dans l’au-delà, où les inspecteurs de Dieu le cuisinent comme au commissariat d’une banlieue de Budapest.

Un humour porté jusque dans la mise en scène, qui offre aux comédiens un espace de jeu grossier, où ils peuvent déambuler avec désinvolture sans dépareiller. Grossier comme dans une foire, où les figures d’hommes et d’animaux sont élargies, peinturlurées, vulgaires. Le décor pourrait être celui d’un opéra, tant il donne dans la démesure - toute proportion gardée. Et au milieu les comédiens glandent. On retrouve comme par magie l’ambiance de ces fêtes foraines où on va parce qu’il y a là lumière et musique, rien de mieux à faire, et on y reste comme ça des heures, sans rien faire de particulier, à discuter, se chamailler. Il y passe des travestis et des anges.

Et les comédiens y sont une faune superbe. Chacun a visiblement son histoire, son école, il y a là des gens venus de tous les pays ; par leurs accents et leurs voix aux chants colorés, par les pointes tantôt clownesques, tantôt classiques de leur jeu, cet assemblage hétéroclite fait merveille et raconte quelque chose de lui-même. Agathe Molière, la bien nommée, est remarquable dans le rôle de Julie : à fleur de peau, comme possédée, de gamine elle passe à femme mûre, elle grandit à vue d’oeil. Rasha Bukvic est un Liliom parfait, et Stéphane Roger, en cabotin, passe de flic nerveux à photographe travelo et commissaire des anges. Tous portent un peu de cette magie qui inonde la pièce, et improvisent comme pour rigoler ; c’est beau à voir, cette liberté.

Liliom
De Ferenc Molnár
Mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia

Avec Rasha Bukvic, Eve-Chems de Brouwer, Étienne Fague, Yvon Lapous, Denis Marçais, Agathe Molière, Teresa Ovídio, Christophe Paou, Agnès Pontier, Pierre Rochefort, Stéphane Roger.

Nouveau Théâtre de Montreuil
10 place Jean Jaurès
93100 Montreuil
Réservations : 01 48 70 48 90
Site : www.nouveau-theatre-montreuil.com

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