Hervé Charton, artisan de théâtre

Comédien, improvisateur, metteur en scène, auteur, chercheur, pédagogue...

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Kourandart

Pilotractée

Éloge du poil de et par Jeanne Mordoj, au Théâtre de la Bastille

lundi 18 mai 2009, par Hervé Charton

Jeanne Mordoj est la femme à barbe, cet être androgyne dans l’autre sens, gynandre. Ce poil au menton est l’endroit d’où elle parle, un subtil décalage, pour ne rien dire de plus que le mystère des objets et de la mort, des choses inanimées qui tout à coup prennent vie. Éloge du poil comme une ode à la matière, intrigante et hilarante.

Savez-vous que des coquilles d’escargot que l’on roule les unes sur les autres, en une vague, font un bruit d’océan ? Et des Å“ufs qui descendent une rampe de fer, savez-vous que ça ressemble étrangement au son d’un hélicoptère à travers les nuages ? Et qu’on peut se faire caresser par un jaune d’Å“uf sur tout le corps sans qu’il éclate, vous le saviez ?

Toutes ces choses merveilleuses, les bienfaits de l’humus sur les corps ensevelis, les concours de gobage d’escargots entre espèces nuisibles, et j’en passe, Jeanne Mordoj nous les fait voir, entendre, toucher. De ses occupations muettes de femme à barbe aux histoires de ses crânes compagnons, elle fait défiler sa galerie de monstres pour notre plus grande joie. On se croirait sous un chapiteau : la scène du théâtre de la Bastille est occupée par des gradins en métal et bois, en “U†, et au milieu une scène en tréteaux, à l’ancienne. Elle, en enfant de la balle, jongle, se contorsionne, ventriloque, fait des tours de magie.

Il se passe longtemps avant qu’elle se mette à parler de sa propre bouche. D’abord, elle fait parler et chanter des crânes, un blaireau et un bélier. Une scène à l’image de l’ensemble du spectacle : trois têtes alignées, le bélier, la femme à barbe, le blaireau. Puis dans une monstration simple, sans grand artifice et un peu ennuyeuse, le crâne de bélier chante en play-back un air d’opéra, largo. Puis le crâne de blaireau fait la reprise en duo avec lui d’une voix de fausset, ce qui déjà déride. Quand celui-ci se met à commenter puis à chanter Étoile des neiges en superposition, cela devient franchement hilarant, d’autant que l’exercice de ventriloquie et de manipulation est des plus cotons.

Sans être excessivement technique ni tourné vers la performance, Jeanne Mordoj et Pierre Meunier nous offrent un moment de pure sensibilité à la matière : les coquilles, les crânes, la terre, l’eau, l’Å“uf, le poil. Bizarrement, malgré le titre, le poil est l’élément le plus absent. Certes celle qui fait le tout porte la barbe. Elle parle un peu de sa condition de phénomène de foire, depuis son adolescence. Mais la barbe ne fait que s’exhiber, incongrue, au menton de l’actrice ; pas d’accumulation de poils, de montagnes de poils, de lianes de cheveux, ni de diatribe contre la cire - comme on aurait pu s’y attendre de la part de Pierre Meunier, auteur d’une mémorable variation sur Le tas il y a quelques années.

Reste que dans toutes ses déambulations métaphysiques, la comédienne adopte une posture artistique originale, et nous fait entrer dans un univers de foire et de campagne. Dépaysant en plein cÅ“ur du quartier de la Bastille.


Éloge du poil
Création et jeu : Jeanne Mordoj
Mise en scène : Pierre Meunier

Théâtre de la Bastille
76 rue de la Roquette
75011 Paris
Métro : Bastille
Réservations : 01 43 57 42 14
Site : www.theatre-bastille.com


Retrouvez cet article sur Kourandart.com, le Webmag Kulturel.

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