Hervé Charton, artisan de théâtre

Comédien, improvisateur, metteur en scène, auteur, chercheur, pédagogue...

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Kourandart

La fureur de vivre

Ex-Voto de Xavier Durringer, Théâtre le Lucernaire

dimanche 24 mai 2009, par Hervé Charton

Léa et Gus se rencontrent à la fin d’un concert, entre les mégots et les canettes écrasées. Ils se trouvent et se séduisent au son des accords de Jeff Bailey. Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps, cadençant les mots de Durringer en acteurs magiques, emportent dans leur sillage, sur la trace d’un couple de petits paumés, notre émoi, nos rires et l’esprit du rock’n roll.

Ce ne sont pas Bonnie et Clyde. Quand ils partent en virée, laissant tout derrière eux, ils n’assassinent personne et cherchent du travail. Mais l’envie de crier, la fureur de vivre, le ras-le-bol des bornes étriquées de notre bonne vieille vie, le rythme dans la peau, ils l’ont. “Ce n’est pas normal de ne pas pouvoir s’exprimer quand on a tant de choses à dire†, crache Léa à Gus qu’elle ne connaît pas encore. Alors elle chante, et lui kiffe. Des choses à dire, ils en débordent ; enivrés de musique, planant sur les premiers accords d’une balade en leitmotiv, submergés d’amour l’un pour l’autre, ils manquent d’éclater à chaque pas. A l’étroit dans leur corps (Léa pas taillée pour la danse, Gus trop chétif pour la boxe), à l’étroit dans leur avenir, à deux leurs vies sont trop petites et trop grandes à la fois, pas adaptées pour le petit ballet de factures et de boulots mal payés. Alors pourquoi ne pas piquer une bagnole et partir ?

Xavier Durringer excelle dans les portraits de marginaux. Avec une langue taillée au plus près du quotidien, légèrement naïve, il arrive à insuffler à ses personnages charme, vigueur et poésie. Léa et Gus ne sont pas beaux, ils sont un peu misérables, un peu bêtes aussi, des gens à qui l’on n’a pas envie de ressembler. Et pourtant cette impression de ne pas être bâtis pour le monde que Ford et Adam Smith nous ont concocté, sans doute l’avons-nous ressentie. Et l’envie de tout secouer aussi, de se foutre des lois et des convenances pour un peu, juste une fois, se sentir vivre, sans pourtant rien faire de bien méchant. Sur cette pulsion de vie, simple mais émancipatrice, Xavier Durringer arrive à
poser de petits mots, des mots sans artifice, dérisoires, mais toujours justes et forts dans leur nudité. Avec la pulsation d’un concert de rock.

Et c’est là que Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps, les deux acteurs, le relaient avec brio. Dans le rythme même, dans leur phrasé, quelque chose passe d’exceptionnel. Léa se traîne son allure de baroudeuse désinvolte avec une sensibilité au ras du coeur. Pour Gus, il y a une urgence de dire, un staccato qui pourrait bien parfois nous faire perdre le fil mais qui nous y accroche comme à une chose vitale. Tous deux nous parlent comme à des amis, eux qui sont seuls au monde, dans cet espace intime, presque vide, où les éléments de décor fusent comme si on les traversait. Rythme, sensibilité, humour et poésie, tout concorde à faire de cet Ex-Voto un spectacle marquant. On leur souhaite le meilleur.

Ex-Voto
De Xavier Durringer
Mise en scène de Christophe Luthringer

Avec Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps

Théâtre le Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs
75006 Paris
Réservations : 01 45 44 57 34
Site : www.lucernaire.fr


Retrouvez cet article sur Kourandart.com, le Webmag Kulturel.

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