Hervé Charton, artisan de théâtre

Comédien, improvisateur, metteur en scène, auteur, chercheur, pédagogue...

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Samedi 5 novembre, 10h-13h30

Séance inaugurale

mercredi 9 novembre 2011, par Hervé Charton

Le samedi 5 novembre, de 10h à 13h30 en salle d’expression artistique, École normale supérieure, s’est tenue la séance inaugurale du laboratoire de recherche sur l’improvisation théâtrale.

Étaient présents : Armelle, Ciro, David, Hervé, Louise, Noémie B., Noémie S., Sandra, Selma. [1].

NB : Ce premier compte-rendu est un peu long, mais important, car beaucoup de choses dans la démarche du laboratoire y sont clarifiées.

Nous avons commencé par clarifier ce que nous faisions là, ce que nous sommes venus chercher. J’ai présenté les objectifs du laboratoire, précisé les méthodes et la part active que chacun pouvait prendre ; ensuite chacun s’est présenté, a exposé ses envies, son parcours, et en quoi cela rencontrait notre recherche. Nous étions tous d’univers différents, mais avec des envies communes, et cette rencontre était une première étape agréable.

Objectif(s)

Ce laboratoire ne poursuit qu’un seul but : expérimenter des méthodes et techniques de préparation pour qu’un groupe hétérogène (composé d’acteurs, de danseurs, de musiciens, de scénographes, etc...) puisse présenter des performances improvisées en public.

De nombreuses conséquences découlent de ce simple objectif :

  • il s’agit de convoquer et recenser un certain nombre de pratiques déjà existantes dans différentes disciplines (danse, théâtre d’improvisation, musique...), afin d’y sélectionner ce qui nous semble pertinent pour notre cadre d’expérimentation. Nous constituerons donc ainsi une base de donnée d’exercices et de textes théoriques.
  • travailler sur l’objectif de la performance publique semble impliquer (ce qui est peut-être un leurre) que nous travaillions avec le souci d’une certaine efficacité : il ne s’agit pas de chercher pour chercher, d’errer et que quelque chose émerge, il s’agit de construire et d’apprivoiser l’imprévu pour le rendre intéressant à voir.
  • cependant il est nécessaire pour nous, en privé, de se laisser la possibilité de l’errance, de la flânerie.
  • même si la plupart des participants ont une formation précise, il est clair que rien ne doit les empêcher de travailler, s’ils le veulent, sur une autre matière ; un comédien peut devenir scénographe le temps d’une performance.

Rôle de chacun

En premier lieu, il était nécessaire de préciser le rôle qui m’échoit.

Il s’agit surtout pour moi de garantir deux choses : la vitalité du groupe, son activité ; et une certaine direction globale. Il est en effet trop probable qu’un laboratoire de recherche ne cesse jamais de chercher ; charge à moi de faire en sorte que, tout en cherchant, des étapes soient atteintes. Rôle d’animateur, de garant d’une dynamique et de directeur, dans le sens de celui qui montre la direction, non celui qui dirige. Et bien sûr, je viens sur scène aussi.

Ainsi le rôle des participants peut-il varier et évoluer. En particulier, j’encourage chacun à approfondir, pour soi, une approche particulière de l’improvisation (Knapp, Johnstone, études
à la Russe, Lecoq, Actor’s Studio, soundpainting, viewpoints...), à travers des lectures, des stages, la réactivation d’expériences passées, afin de la transmettre aux autres.

Mais je préfère que cela ne fonctionne pas sous forme d’ateliers dirigés par une personne en particulier ; l’idée serait plutôt d’insuffler, à l’intérieur d’une même séance, plusieurs approches théoriques ou pratiques sur le point que nous travaillons. Ainsi, à l’intérieur même de nos séances, le pilotage pourrait passer d’une main à une autre, de la même manière qu’il est nécessaire dans une improvisation de tourner les rôles.

Il sera par ailleurs bienvenu d’inviter des intervenants extérieurs à nous initier à certaines approches spécifiques (clown, masque...), voire d’organiser des séances de travail avec d’autres groupes ; à chacun de proposer ces rencontres, et de les mettre sur pieds.

Méthodes de départ, organisation des séances

Pour ma part, les approches qui me nourrissent sont en premier lieu les viewpoints, des exercices hérités de Lionel Parlier, Lecoq, Mikhaïl Tchekhov, Alain Knapp et Keith Johnstone.

J’ai proposé de, en gros, organiser les séances en trois temps :

  • travailler sur la spontanéité, le laisser-faire, l’ouverture.
  • ce qui est très lié, accentuer notre perception des autres et de l’environnement.
  • travailler sur la dramaturgie, la construction de l’improvisation dans sa durée.

Il me semble nécessaire que chaque séance se termine avec une improvisation "libre", c’est-à-dire sans contrainte, sans thème, mais comme s’il y avait un public.

Première improvisation

En guise de point de départ, nous avons réalisé une telle improvisation dès le matin, sans nous connaître tellement ni nous échauffer. Histoire de voir d’où nous partons.

L’improvisation a duré 45 minutes environ, il y a eu quelques moments de grâce (appelons-les comme cela pour le moment), des moments où l’ensemble semblait prendre forme, prendre sens, mais aussi beaucoup d’errance.

Nous avons ensuite analysé ce qui s’était passé. Je mettrai ici des extraits audio de notre discussion.

Elle a porté notamment sur :

  • la coexistence, ou non, d’éléments disparates : cherche-t-on à créer une histoire cohérente et unique, ou bien à faire coexister des éléments qui n’ont pas un rapport évident. Il est clair que l’objectif est davantage du second ordre, même s’il est nécessaire de se sensibiliser à la dramaturgie d’une improvisation (trop d’éléments étaient abandonnés à peine étaient-ils apparus), ainsi qu’à la recherche de modes non logique de cohérence.
  • le statut de la parole : faire ou non des improvisations muettes, uniquement corporelles. Chacun fait ce qu’il veut, mais j’encourage dès le début à ne pas nous couper de la parole, car dans un sens le corporel, pour nous, est plus simple et évident. Mais la parole induit un travail tout à fait différent.

À l’issue de cette improvisation, j’ai remarqué qu’il y avait de nombreux moments où ce qui se passait n’intéressait personne, n’amusait personne, et pourtant nous avons continué 45 minutes ! Pourquoi ? Au-delà d’une réponse immédiate, il faut s’encourager à passer, à ne s’attacher à rien, à abandonner quelque chose qui nous paraît n’aller nulle part. Mieux vaut reprendre à zéro que courir le risque d’ennuyer tout le monde.

Enfin pour clôturer la matinée, j’ai proposé un exercice intitulé "Il y a peut-être une bombe dans la pièce" pour travailler sur les niveaux d’énergie. Car il était clair pour moi que cette longue improvisation était restée, dans l’ensemble, sur un niveau d’énergie trop faible pour être vraiment intéressante.


[1Je mettrai sur ce site des "fiches" descriptives de chacun des participants, avec leur accord.

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