Hervé Charton, artisan de théâtre

Comédien, improvisateur, metteur en scène, auteur, chercheur, pédagogue...

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"Il y a peut-être une bombe ici"

Maîtriser les niveaux d’énergie

mercredi 9 novembre 2011, par Hervé Charton

On utilise le mot "énergie" pour décrire de nombreuses choses : tempo, force, niveau d’attention, de réactivité... Cet exercice, rencontré avec David Buckland à Rhodes University, en Afrique du Sud, me semble pertinent pour bien comprendre de quoi il s’agit.

Il s’agit de parcourir différents niveaux d’énergie, dont chacun a des caractéristiques bien précises. Le passage de l’un à l’autre se fait d’abord progressivement, puis par impulsions.

  • Niveau 0 : c’est celui de la pierre, de l’inanimé. Le corps n’offre aucune résistance à la pesanteur. Quant à la perception du monde extérieur, elle est quasiment nulle. L’esprit est centré sur lui-même. Souvent à ce stade les participants sont, logiquement, à terre.
  • Niveau 1 : le corps commence à s’échapper de la pesanteur, mais difficilement. L’attention est encore portée sur soi et cet effort de s’arracher aux forces auxquelles nous sommes soumis. C’est un niveau d’énergie propre au végétal.
  • Niveau 2 : la pesanteur est maîtrisée, n’offre plus de résistance au mouvement, et chacun peut alors se lever, marcher s’il en a envie. La perception des environs est réduite à son strict minimum : de quoi ne pas se cogner. Cela fait penser à des mollusques, ou à quelqu’un qui se lève, la tête dans le brouillard.
  • Niveau 3 : le monde extérieur prend petit à petit de l’épaisseur, une consistance, une vie, tandis que le corps a tout oublié de sa torpeur : on peut maintenant sauter, glisser au sol, courir, marcher, s’arrêter... À ce niveau là, on erre sans but précis, on découvre le monde, à la recherche de quelque chose à faire, un peu comme un insecte.
  • Niveau 4 : puis on trouve quoi faire, on projette sur ce monde nos désirs, on se met à avoir des objectifs, des raisons d’aller d’un point à un autre, de faire tel ou tel autre mouvement. Les participants sont alors actifs, éveillés, opérationnels. C’est le niveau d’énergie de la vie quotidienne, de la rue, de la maison, quand rien de particulier n’arrive.
  • Niveau 5 : le niveau supplémentaire introduit ce quelque chose de particulier. J’aime utiliser la phrase : "Il y a peut-être une bombe dans la pièce !". Le "peut-être" est important (nous verrons plus bas pourquoi). C’est une rumeur. Stanislavski disait lui de ne pas prêter attention à l’ours qui est derrière le rideau... L’important est que maintenant, il y a un danger, et que quelque chose peut arriver d’un moment à l’autre. L’image qui me vient pour le décrire est celui d’un animal sauvage, un félin, une antilope, constamment sur ses gardes.
  • Niveau 6 : on confirme la rumeur. La bombe est bien présente, ou l’ours est sur le point d’attaquer. Cette fois les participants s’agitent, sont focalisés sur un seul objectif, impossible à atteindre : retrouver et détruire la bombe.
  • Niveau 7 : la bombe explose dans 10, 9, 8 etc...

Théorie

Pour la performance, le seul niveau d’énergie intéressant est le niveau 5. C’est un niveau d’attention accru aux événements extérieurs (car tout peut être la confirmation du danger, et exiger une réponse immédiate) mais qui n’empêche pas pour autant d’agir normalement, et notamment d’entrer en contact avec d’autres gens (car ce n’est qu’une rumeur).

En-dessous, le monde extérieur soit n’existe presque pas (niveaux 0 à 2), soit n’est qu’un prolongement de soi-même. Au-delà, le monde extérieur, en particulier le danger, devient trop précis, trop prenant, et empêche toute autre action. Le niveau 7, c’est la panique.

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