Herv Charton, artisan de thtre

Comdien, improvisateur, metteur en scne, auteur, chercheur, pdagogue...

Accueil > Recherche / critique > Laboratoire interdisciplinaire d’improvisation thtrale > Comptes-rendus de sances > Mardi 8 novembre 2011, 13h45-17h

Mardi 8 novembre 2011, 13h45-17h

Premire sance hebdomadaire

jeudi 10 novembre 2011, par Herv Charton

Toujours en salle d’expression artistique (SEA) l’cole normale suprieure (ENS), nouvelle sance du lab’impro, premire tape de la croisire hebdomadaire.

taient prsents : Armelle, David, Ekaterina, Fabiana, Laure, Nomie S., Selma.

Aprs quelques mises au point d’organisation et des prsentations rapides des nouveaux, nous avons entam cette sance marque par un enchanement d’exercices. Et d’abord un exercice d’chauffement :

  • les chaises musicales sans musique. C’est un simple travail sur les impulsions, l’attention porte aux ouvertures. Il y a une chaise de moins que de participants. Ds qu’on voit une chaise libre, on se prcipite dessus, mme si on vient d’arriver sur celle qu’on convoitait. Petit petit, on cherche dplacer l’attention, la porter des chaises sur les autres personnes en jeu ; ainsi mme si elles continuent de guider les mouvements, les chaises peuvent disparatre, et ce qu’on voit est un ensemble de relations entre personnes.
  • nous avons enlev les chaises, puis cherch passer passer travers toutes les "portes" qui se prsentaient (entre deux personnes, sous les bras de l’autre...) pour venir combler des "trous" dans l’espace. Exercice courant, cela met l’accent sur la ncessit d’aller quelque part (parce qu’il y a un vide combler) plutt que sur la volont.

Pendant ces exercices, qui sont fortement corporels, j’ai encourag assez vite chacun faire appel la voix, que ce soit de la parole, des mots, ou des sons, des gromelots, et d’utiliser les impulsions donnes par le corps comme impulsions vocales. Car nous sommes habitus utiliser la spontanit avec notre corps, ne serait-ce que pour viter des gens qui nous foncent dessus dans la rue ; la parole est trop souvent cantonne l’usage purement raisonn, la logique, et on passe plus de temps retenir des mots qu’ les laisser sortir. Il faut s’habituer voir la parole comme un geste, et le geste comme une parole, avec des caractristiques semblables.

Nous avons dbattu sur le sujet, et Armelle, qui s’tait extraite de l’exercice pour crire, nous a lu son texte. Le voici en pdf.

Comme une premire tape dans la reconnaissance d’une identit de nature entre parole et gestes, particulirement riche, nous avons fait un exercice de variation entre gestes concrets (ou comportementaux) ou abstraits (ou expressifs). Il s’agit de passer, par transformations successives, d’un geste quotidien, identifiable, un autre plus personnel, expressif. L encore, j’ai encourag chacun donner des noms ce que ces gestes "expressifs" exprimaient. Ce n’a pas toujours t possible.

Cet exercice s’est termin par une petite improvisation, venue d’elle-mme, entre Laure et Nomie, particulirement jolie.

propos du match et des disciplines

A t voque la question, ncessaire, du match d’impro, et partir de l du type d’improvisation que nous cultivons dans ce laboratoire. Quelle tait la rfrence au match d’impro dans notre recherche ? C’tait Selma qui posait la question. J’ai rpondu que pour ma part, je connaissais peu le match, et que je suis en train d’apprendre, de dcouvrir certains aspects d’une autre forme comptitive d’improvisation, qui est le Theatersports [1]. Les matchs peuvent sembler anti-impro du fait de la comptition [2]. Cependant cette mme comptition implique quelque chose de fascinant et d’intressant ds qu’on veut travailler sur l’improvisation en public, ce qui est notre cas : il faut plaire, il faut tre efficace et emporter le public. Mon point de vue est donc qu’il est sans doute bon de s’inspirer de cette pratique, sans s’y conformer.

Par ailleurs cela m’a donn l’occasion de prciser une chose importante : je veux travailler avec ce groupe sur l’improvisation thtrale, l o l’improvisation dans les matchs (ou le Theatersports, ou toutes les formes tablies d’improvisation thtrale) n’est que dramatique. C’est--dire que dans ces formes les improvisateurs travaillent sur des histoires, des situations, des personnages. Le thtral est pris en charge par le dispositif homologu, la patinoire, les jingles, les crans vidos [3]...

D’o l’importance pour moi de l’interdisciplinarit, ainsi que de travailler un jour sur comment faire un spectacle avec seulement des lumires, par exemple... D’o l’importance aussi de ne pas uniformiser ce groupe : chacun vient avec sa culture de l’improvisation, sa faon et son envie de l’aborder, de la pratiquer. Il faut la garder, et voir comment et en quoi elle peut coexister et dialoguer avec celle des autres.

Dbut de dramaturgie

Cela dit, force est pour nous de travailler la dramaturgie, entendue comme organisation, construction de l’improvisation. Dans ce but, nous avons fait un exercice qu’il faudra dvelopper, prciser, inventer au fur et mesure. Appelons-le Reprer le dbut [4]. L’ide est simple, il s’agit de voir comment et quand une improvisation s’enclenche, et par quoi. Mais cela implique de savoir galement ce qui fait que le dbut est sans cesse retard.

Par exemple, cette sance s’est termine, comme de juste, par une improvisation libre [5], laquelle je n’ai pas particip, pour voir. Il s’est pass 5 minutes au moins avant que quelque chose arrive. Au dbut, chacun agissait bizarrement, se regardait et regardait le monde comme si c’tait la premire fois, et tout se passait bien, rien ne bougeait malgr les mouvements de chacun. Je crois que cela venait en partie du fait que tout le monde n’tait pas dans une nergie juste pour la performance [6]. Mais en partie, cela venait du fait que tout tait galement bizarre, et que du coup je me disais : tel est l’tat du monde, tout est bizarre. un moment Laure a rsum la situation en disant : Je suis au pays des anges , ce qui tait tout fait juste ! Mais voyons si quelque chose le trouble... et puis quelque chose est arriv, un objet est tomb, cela a troubl tout le monde. Voil le dbut.


Pendant l’exercice de "Reprer le dbut", une improvisation entre Fabiana et Nomie tait particulirement russie et jolie :

Fabiana entre et marche au centre. Soudain elle s’arrte et porte la main droite sa bouche, la gauche son ventre. Elle va vomir, ou accoucher. Nomie entre alors, et demande si elle a mal. Fabiana ne rpond pas, mais laisse sortir de sa bouche un souffle lger, que toutes deux regardent avec une sorte d’merveillement. Puis soudain Nomie se prend le ventre et la bouche,
et laisse enfin sortir un autre souffle, en haut. Elles le regardent.

On avait le sentiment que cela aurait pu continuer et se dcliner, comme un dispositif la Beckett.


[1Nom et marque dpose par Keith Johnstone et ayant-droits...

[2Mais voir match.impro.free.fr et sa bibliographie pour se faire un avis plus nuanc.

[3pour les grands formats, les matchs de ligue.

[4En fait c’est une variante de Nothing, nothing, something de Keith Johnstone.

[5cf. le compte-rendu de la sance inaugurale pour plus de dtails sur l’organisation des sances.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Lien hypertexte

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)