Hervé Charton, artisan de théâtre

Comédien, improvisateur, metteur en scène, auteur, chercheur, pédagogue...

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Mardi 15 novembre, 13h45-17h

Feedback, attention et adresse

mercredi 16 novembre 2011, par Hervé Charton

Une séance dédiée àl’écoute des ensembles, du public, et àcomment donner du feedback àquelqu’un en jeu.

Étaient présents : Aline, David, Ekaterina, Fabiana, Julien, Laure et Noémie S..

Jeu du dauphin

Nous avons commencé la séance par un jeu du dauphin, exercice d’échauffement et de feedback qui nous vient de Keith Johnstone. Principe simple : le groupe décide de faire faire une action àune personne sur scène, et comme pour un jeu de "Tu brà»les, tu refroidis", applaudit àchaque fois que la personne s’approche du but.

Il a donné lieu, très vite, àune vive controverse : àquoi est-ce que cela sert ? Cet exercice est en fait assez déstabilisant car ce n’est pas tant la personne sur scène qui travaille que le groupe qui donne un feedback. Pour la personne sur scène, cela peut même être frustrant : on ne lui demande rien d’artistique, de construit ou de beau, juste d’être àl’écoute de nos retours et de trouver l’action àfaire. Puis il a été question de se mettre d’accord, avant l’exercice, sur ce qu’il fallait ou non valider : d’abord le lieu, puis la position des bras, etc... Trop compliqué ! Bien sà»r on arrive petit àpetit àapprendre une méthode pour donner ce feedback, mais empirique, dans la relation àl’autre.

Au final, cet exercice nous a permis de remarquer plusieurs choses :

  • qu’il est difficile de donner des retours clairs àquelqu’un. En particulier, comment encourager quelqu’un discrètement àcontinuer ce qu’il fait pendant le jeu ?
  • que la personne en jeu ne voit pas toujours tous les possibles qui s’offrent àelle, alors que ceux qui regardent les voient.
  • que c’est très amusant ! Et c’est quand même l’essentiel.

L’adresse au public

Nous avons continué sur un exercice hybride, avec une partie encore inspirée par Keith Johnstone et une autre dont je ne connais pas l’origine.

Nous sommes assis, huit participants, en arc de cercle.

Il s’agit d’abord de décider qui va y aller. À travers le regard (eye contact est une expression plus claire), des transactions ont lieu : l’un semble dire "je veux y aller", un autre "je n’irai pas", d’autres se posent la question "tu y vas / j’y vais ?"...

Quand le groupe est d’accord, c’est-à-dire quand l’un des participants a tous les regards fixés sur lui et qu’il est d’accord pour aller sur scène (ce qui peut prendre longtemps !), il y va en tâchant de garder avec lui l’assentiment du public.

Pour "mesurer" cet assentiment, on s’inspire du Beep-Beep de Keith Johnstone [1]. Chaque personne dans le public fait "Bip" àchaque fois que la personne sur scène le ou la perd.

Bien que le Beep-Beep soit àla base dédié àdévelopper l’adresse au public, il pouvait y avoir ici plusieurs raisons pour lesquelles un spectateur bipait :

  • il/elle se sent oublié(e) par la personne en scène, que celle-ci ne s’adresse plus àlui/elle.
  • ce que la personne sur scène raconte ne l’intéresse pas...

Plusieurs stratégies sont possibles pour la personne sur scène, avec plus ou moins de succès.

Une chose est sà»re pour commencer : il ne faut jamais lâcher le contact. Au début, les participants ont tendance àmonter sur scène en oubliant le public. Ils se concentrent, pensent àce qu’ils vont dire. Et ils se font biper immédiatement. L’idée est de rester présent. Ce qu’on dit n’a pas d’importance, tant que cela parvient au public.

Il est naturel de paniquer quand les bips commencent àvenir de partout. Ralentir, s’arrêter, prendre le temps de bien regarder tout le monde, a une tendance àmieux fonctionner que l’accélération, l’agitation, la profusion de mots et de mouvements. De même, il est tout àfait possible de regarder quelqu’un dans les yeux et que celui-ci, pour autant, ne se sente pas visé.

Il est impossible de gagner àce jeu : il y a toujours quelqu’un qui fait bip quelque part, car le public n’écoute pas vraiment, il cherche l’occasion de dire "bip".

***

Nous avons, comme chaque fois, terminé la séance par une improvisation collective.


[1cf. Impro for Storytellers, chapitre 10, Procedures.

Messages

  • Mes sensations après ces quelques séances :

    Le hasard, c’est bien mais trop.

    J’ai l’impression de rester en "surface", en "dehors"... enfin peut-être pas complètement mais trop àmon goà»t... Je trouve qu’on cherche beaucoup àcomprendre, analyser, définir des règles, être efficace, construire alors qu’on ne se connaît même pas, On ne sait pas ce qu’On veut de façon collective. On ne sait pas vraiment choisi en tant qu’individu. Et ça c’est chouette, des humains inconnus les uns des autres qui veulent faire des choses ensemble. Mais peut-être, il faudrait prendre davantage cela en considération, se permettre de se découvrir. La petite présentation verbale du début est-elle suffisante ? Et aussi comment on rentre dans le groupe pour la première fois ? Il doit y avoir un enjeu fort àêtre ensemble.
    Un peu plus de déconnade, d’enfance... au diable les méthodes, les noms d’écoles, les idées et théories d’un tel...! Enfin un petit peu moins quoi... Et si on commençait chacun par faire, pour s’introduire les uns aux autres, une présentation, un petit geste sous la ou les formes artistiques que l’on souhaite, quelque chose de court mais qui nous plairait de partager... et si l’un de nous souhaite nous rejoindre sur scène pendant ce temps là, eh bien qu’on soit prêt àl’accepter. Comme le début d’une impro, d’un désir à2, 3, 4... Le début de choses qui peut-être ne réapparaîtront jamais dans notre travail, mais qui appartiendront ànotre histoire et construction commune.

    • Merci pour ta réaction Noémie.

      Je suis d’accord avec ton diagnostique. On passe beaucoup de temps àparler, mais c’est peut-être nécessaire au début. Il y a peut-être aussi un peu d’impatience de ma part àvouloir essayer des choses nouvelles - pourquoi ne pas commencer par faire le point de ce qu’on sait faire ? C’est pour ça que j’ai proposé pour la semaine prochaine et les suivantes un programme plus concentré sur les viewpoints, et aussi que chacun vienne avec un objectif concret àréaliser sur scène.

      Très bonne idée cette présentation personnelle. Pourquoi ne pas la proposer pour le samedi 3 décembre, où nous aurons du temps et un peu plus de monde ? Cela laisse présager de bons moments !

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