Hervé Charton, artisan de théâtre

Comédien, improvisateur, metteur en scène, auteur, chercheur, pédagogue...

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Mardi 29 novembre, 13h45-17h

Du projet injecté

jeudi 1er décembre 2011, par Hervé Charton

Du monde, du mouvement, de l’enthousiasme pour cette séance dédiée àla construction et àune première approche de la notion de "projet" et de ses rapports avec l’improvisation.

Étaient présents : Armelle, David, Edouardo, Ekaterina, Fabiana, Juliette, Laure, Noémie.

J’avais demandé pour cette séance àchacun de prévoir un objet, un thème, un texte, une idée, une image, quelque chose, n’importe quoi mais précis tout de même, pour travailler ensuite dessus en improvisation.

Mon idée, derrière cette instruction, est qu’on aborde souvent l’improvisation comme une table rase, en oubli de qui nous sommes, de notre histoire et de nos envies. Si cet oubli de soi est nécessaire pour nourrir un rapport franc et spontané avec l’instant de la performance et les autres, il semble nécessaire d’être en rapport avec un répertoire, d’être habité par une nécessité, une "musique interne". C’est le rôle du thème qui est souvent donné quand on travaille des improvisations, et que je préfère laisser libre et tacite pour chaque personne en jeu. Mais c’est aussi le rôle joué par les classiques dans le jazz, que les musiciens reprennent et revisitent en improvisant.

Échauffement

Dès l’abord, en guise d’échauffement, nous avons cherché un fonctionnement de groupe. En cercle, avec une attention diffuse, un regard détendu, nous exécutons des mouvements d’étirement, nous faisons jouer les articulations, monter l’énergie... Le tout sans qu’une seule personne ne guide, mais en faisant en sorte que chacun ait toujours l’impression de suivre : soit son propre mouvement, ses propres besoins ; soit l’impulsion et les mouvements des autres. Il arrive forcément que certaines personnes suivent leur chemin. Du moment qu’elles retrouvent ensuite le groupe, ou vice versa, tout va bien.

Nous nous sommes mis àmarcher en cercle, avec énergie, puis avons enchaîné sur l’exercice douze/six/quatre [1], ou plutôt une variante.

Enfin, nous avons terminé la phase d’échauffement en nous dispersant dans l’espace, en continuant àmarcher avec énergie et sens de l’ouverture. À ce stade j’ai introduit les Cinq images d’Anne Bogart et Tina Landau.

Quelqu’un tape soudain dans les mains. Tout le monde s’immobilise et ferme les yeux. On lance un nom, et chacun doit pointer du doigts vers cette personne, yeux toujours fermés. On demande un détail : couleur du pantalon, accessoires, inscription sur le t-shirt. On peut aussi demander un détail de la pièce dans laquelle on se trouve. Chacun donne une réponse, puis on ouvre les yeux. On remarque alors tout ce qu’on n’avait pas vu, combien on peut facilement se surprendre en train de ne plus porter d’attention àce qui nous entoure.

Créer du lien

Comment commencer àconstruire des objets scéniques ensemble, tout en stimulant notre imagination ?

La proposition était la suivante : deux personnes entrent en scène et exposent deux éléments qui n’ont rien àvoir. Vient alors une troisième qui crée du lien entre ces deux éléments.

On peut faire cet exercice en unifiant le type d’éléments àproposer : des gestes, des postures dans l’espace, des éléments de contexte, des mots... Ici, nous n’avons rien limité en premier lieu : quelqu’un pouvait entrer et faire un mime, et un autre proposer un forme figée, un discours...

La troisième personne, de même, peut créer ce lien àplusieurs niveaux : par une action, par de la parole, par une mise en contexte, par une forme... Nous avions tendance àcréer des liens narratifs. Mais il est aussi possible de créer des liens géométriques, sonores, visuels, contextuels [2]...

Pour les prochaines fois, il sera peut-être nécessaire de faire un inventaire précis des typologies d’éléments possibles et de travailler sur des combinaisons.

La ligne

Voici encore un exercice que j’ai piqué àLionel Parlier. Décidément.

Chacun se poste sur une ligne. À l’extrémité se trouve l’horizon, l’objectif, le seuil. Ce seuil doit être dépassé au bout de 10 minutes exactement (ou 15, 20...). Entre temps, tout peut arriver, tant qu’on reste sur la ligne.

Pour aider, quelqu’un peut donner des repères : 5 minutes, une minute restante. On s’est rendus compte qu’il ne valait mieux pas signaler la fin exacte des 10 minutes et laisser chacun prendre le risque de passer le seuil.

Il s’agit, àtravers cet énoncé simple et efficace, de travailler sur la durée en relation avec un objectif simple : passer le seuil. Ce que symbolise ce seuil, chacun est libre de le choisir - il peut même ne rien symboliser du tout. Mais la difficulté tient àla gestion de ce temps : comment garder son objectif, comment le nourrir et être nourrit par lui sur une longue durée ? Comment, quand on le perd ou quand on sent qu’il ne suffit plus, ne pas pour autant paniquer, et passer gentiment àautre chose ? Cet exercice permet alors d’apprendre àprendre son temps.

Dans le cadre de notre projet, il me paraissait également utile pour faire une exploration solitaire de l’objet (thème, image, idée, etc...) apporté avec soi pour la séance.


Comme chaque fois, nous avons terminé sur une improvisation collective. J’ai proposé que chacun, cette fois, aille sur scène avec l’objet qu’il voulait travailler.

Nous avons eu droit àune histoire où les policiers, les balayeurs n’étaient pas ce qu’ils semblaient, où des animaux traversaient la scène et où on pouvait se faire réaliser des vÅ“ux par des oiseaux brailleurs.


[1Introduit par Anne Bogart et Tina Landau dans The Viewpoints Book.

[2ex. en établissant une symétrie, en développant un rythme présent dans l’ensemble, en changeant les lumières, en faisant mention d’un lieu ou d’une circonstance où ces deux éléments différents peuvent coexister...

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