Hervé Charton, artisan de théâtre

Comédien, improvisateur, metteur en scène, auteur, chercheur, pédagogue...

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Samedi 3 décembre, 10h-18h

Grand messe mensuelle - viewpoints

jeudi 8 décembre 2011, par Hervé Charton

Une grande séance mensuelle avec deux temps forts : la matinée, dédiée à une improvisation collective composée des "présentations" de chacun ; l’après-midi, une séance d’introduction aux Viewpoints, suivie de quelques improvisations très intéressantes.

Étaient présents : Armelle, Brice, Lucas, Noémie, Sandra, Selma.

Matinée (10h-13h

Suivant la suggestion exprimée par Noémie sur ce site, nous avons commencé la journée par une période d’écoute et de présentation. L’idée n’était pas de se présenter par le C.V., mais par ce qui nous tient à cÅ“ur, par ce qu’on a envie de partager avec les autres, et a fortiori ce que l’on aurait envie de partager avec un public. Histoire de savoir qui nous sommes, ce qui nous constitue (comme culture, bagage artistique, vision), et ce qu’on fait ensemble.

Après un échauffement collectif que j’ai dirigé, en proposant des exercices déjà vus ou des variantes (comme le Douze / six / quatre ou les Cinq images), des exercices de délassement corporel, d’écoute de groupe, nous nous sommes donc lancés dans une sorte d’improvisation collective où chacun, dans l’ordre qu’il voulait, dans l’espace, le cadre qu’il voulait, effectuait sa petite performance, transformant les autres en public.

Chacun avait abordé ce terme de "présentation" à sa façon, comme de juste. Si l’exercice au début nous a permis d’entendre des choses intéressantes, personnelles, de se voir les uns les autres, petit à petit il a évolué vers un magma informe d’où partaient de nombreuses propositions sans suites. Nous avons cessé de nous positionner dans l’espace, de faire un sort aux autres, au public, d’affirmer suffisamment notre prise de parole, si bien que l’ensemble s’est terminé sur une sorte de position molle, mourante...

Nous en avons ensuite beaucoup parlé. Voici les points que cet exercice avait mis en évidence qui ont retenu mon attention :

  • la nécessité de prendre la parole, de venir sur le devant de la scène de façon claire, affirmée. Trop d’interventions molles, irrésolues, tendent à noyer l’écoute, perdre le groupe.
  • la mise en place de l’espace et notamment du lieu d’où l’on parle et d’où écoutent les spectateurs. Cet exercice nous faisait prendre conscience que c’est là une véritable responsabilité de comédien que de choisir dans ou depuis quel environnement on va s’adresser à un public - tâche usuellement réservée au metteur en scène, ici absent.

Ci-joint, un texte de Jean-Luc Nancy auquel cet exercice m’a fait penser.

Après-midi (14h-18h)

Comme annoncé, j’ai dirigé une grande séance d’introduction aux Perspectives (viewpoints), et en particulier à ceux que Anne Bogart et Tina Landau appellent les 9 perspectives fondamentales de temps et d’espace. Ce ne sont pas des notions révolutionnaires, comme elles le disent elles-mêmes : « Au fil des ans, nous n’avons fait que donner des noms à des choses qui existaient déjà, que nous faisons naturellement et avons toujours faites, avec plus ou moins de conscience et d’amplitude. » [1]. L’idée est justement de se concentrer sur ces différents éléments, dans sa propre discipline (art dramatique, danse, musique, etc...) afin d’aiguiser sa perception et d’augmenter ses capacités créatrices.

Voici ce qu’écrivent Tina Landau et Anne Bogart à propos de la séance d’introduction :

Chaque Perspective se doit d’être introduite séparément, et les participants doivent porter la majeure partie de leur attention, sinon toute, sur celle qui a été nommée.

Vous trouverez des liens et des coïncidences entre les différentes perspectives. Un groupe particulièrement ouvert va souvent brûler les étapes et tout accumuler avant que vous ayez introduit la perspective suivante. Cela arrive naturellement, bien sûr, parce que le corps les possède déjà en lui. Ralentir le processus et forcer le groupe à rester concentré sur les premières étapes permet d’accéder ensuite à une palette plus importante et à plus de finesse. Si trop de perspectives sont superposées trop rapidement, aucune ne peut suffisamment être creusée.

Plus on introduit de perspectives, plus l’information s’accumule. D’abord, on concentre son attention sur une perspective particulière, puis on en ajoute une deuxième. Chaque perspective est, à son tour, appréhendée avec son propre langage, puis superposée à ce qui a déjà été exploré.

Apprendre chaque perspective isolément, c’est comme apprendre à jongler. Il n’y a d’abord qu’une seule balle qui voyage, puis on ajoute une seconde, une troisième, une quatrième, etc. - combien de balles pouvez-vous faire jouer avant qu’elles ne tombent toutes ? En introduisant chaque perspective, prendre garde au moment où les balles commencent à tomber. Il se peut qu’un groupe ait besoin de pratiquer une perspective particulière pendant longtemps avant de pouvoir passer à la suivante sans perdre conscience de la première.

En même temps, il est plus efficace d’introduire la plupart des perspectives, sinon toutes, dans une seule session. Plutôt que de rester coincé dans une seule, permettre à la première séance d’être désordonnée, étrange, enthousiasmante et bouleversante. Revisiter dans les sessions suivantes chaque perspective en détail, après que le groupe a senti comment cela fonctionne en général. [2]

Me laissant guider par ce qu’il me semblait déceler de la dynamique et des intérêts du groupe, j’ai donc introduit les 9 perspectives de temps et d’espace dans l’ordre suivant : Relation spatiale, Topographie, Forme, Répétition, Geste (courte pause), Tempo, Durée, Réponse kinesthésique et Architecture. Pour une description de chacune de ces notions, cf. mots-clés sur la colonne de droite.

Nous avons ensuite réalisé une première improvisation. Nous nous y sommes sentis si bien, très en écoute, très imaginatifs, réellement présents à nous-mêmes, à l’espace et aux autres, que nous avons décidé d’en faire une deuxième. Nous aurions sans doute continué ainsi pendant longtemps, si nous avions eu le temps et l’énergie, après cette longue journée. Ceci nous montre à quel point le travail sur les Perspectives peut vite devenir riche et précieux.


J’écris ce compte-rendu trop de temps après, 5 jours plus tard. Il ne reste plus beaucoup de traces de ce qui s’est passé, et de ce qui s’est dit. Nous avons eu de longues et fructueuses discussions, en particulier le matin, dont je ne retranscris ici que ce qui m’a marqué. Autant dire que, plus que jamais, j’ai ici besoin de commentaires, remarques, compléments.


[1Anne Bogart et Tina Landau, The Viewpoints Book : a Practical Guide to Viewpoints and Composition, Theater Communication Group, 2005, p. 7.

[2Op. cit., pp. 35-36.

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