Herv Charton, artisan de thtre

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Kourandart

L’art de montrer

"La loi du marcheur (entretien avec Serge Daney)", de et par Nicolas Bouchaud, Thtre du Rond-Point

samedi 11 décembre 2010, par Herv Charton

Serge Daney se disait passeur . Critique de cinma, il avait fait profession d’observer et d’crire sur son regard. Nicolas Bouchaud et ric Didry s’emparent de sa parole pour l’exposer, littralement, au thtre, comme un cadeau au spectateur.

Serge Daney tait critique de cinma, collaborateur aux Cahiers du Cinma, Libration et fondateur de la revue Trafic. En 1992, alors qu’il se savait condamn par le sida, il est l’objet d’un documentaire de Rgis Debray, Itinraire d’un cin-fils, avec lequel il s’entretient longuement. C’est ici la matire de ce spectacle singulier, o un acteur dit je la place d’un autre et s’adresse nous, spectateurs, comme des camarades, et partage confessions, rflexions, coups de gueule. Seul en scne, Nicolas Bouchaud nous parle simplement de cinma, de ses images d’enfance, de son got du voyage, du monde et des autres. Des siens propres, ou tout comme. Il ne joue pas Serge Daney, il dit la mme chose que lui.

Et cela fait du bien. De voir enfin quelqu’un qui s’adresse nous comme des tre intelligents, dous de culture et de raison. En mettant jour la pense en marche de Serge Daney, Nicolas Bouchaud la travaille et l’exprimente en face de nous, dans sa faon de nous parler : en reprenant nos attitudes, en se postant quelques mtres, nous regardant bien en face, Bouchaud interroge par les actes notre fonction de spectateur, tandis que Daney en parle. Il dit : Toute image, en dernire analyse, est un visage, et tout visage un regard , d’o vient que l’œuvre regarde galement le spectateur. Nicolas Bouchaud montre, dmontre et remonte cette pense. Jusqu’ faire natre l’envie de s’en emparer, tant et si bien que lorsqu’il nous donne enfin la parole, il a bien du mal la reprendre. Et parfois, retombant en enfance, il joue, comme pour de vrai, avec un film, Rio Bravo, l’image ou le son, c’est selon, se prenant pour John Wayne.

Un bmol cependant, qui est plutt un conseil. Contrairement ce que Daney semblait dfendre dans le cinma, un art deux portes, l’une populaire et basique, l’autre savante et sophistique, ce spectacle ne semble pas vouloir admettre tout le monde. Les extraits de film sont en anglais non sous-titr, et on parle de vieux cinma, de Rivette, d’Howard Hawks, comme allant de soi. Rvisez donc vos classiques sur IMDB avant d’y aller pour vous sentir l’aise. Et pourtant cette parole dpasse le cadre du cinma comme culture ; cela parle du regard, de l’image, des problmatiques qui nous concernent
au jour le jour, face la tl, dans le mtro, dans les supermarchs. Malgr les apparences, on parle ici tous.


Voir en ligne : L’article sur Kourandart

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