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Kourandart

Du pouvoir matriarcal

Vassa 1910, d’après Vassa Geleznova de Maxime Gorki - Nouveau Théâtre de Montreuil

mercredi 1er avril 2009, par Hervé Charton

Le père de famille, l’entrepreneur qui a su bâtir une affaire qui rapporte, va mourir. Sa femme, Vassa Geleznova, reste pour assurer la continuité et l’héritage. Malgré, et peut-être grâce à une mise en scène sans audace, Gilberte Tsaï et ses comédiens déploient avec efficacité l’implacable machine de ce drame familial fascinant adapté sous le titre Vassa 1910.

L’affaire est simple, et chacun connaît (ou connaîtra tôt ou tard) toutes les occasions de conflits, de haines et de déchirements que prodigue un héritage. Le père n’a pas encore rendu l’âme que ses lambeaux se négocient déjà. De l’oncle Prokhor, coureur de jupons et mécène des arts, aux deux fils, Pavel et Sémion, l’un qu’une laideur et une jambe tordue ont rendu acariâtre, l’autre bête, chacun revendique sa part dans l’affaire familiale et n’attend que cette mort, qui viendra les délivrer et leur ouvrir les portes d’une vie nouvelle, en ville. Mais les femmes règnent sur ce petit monde, et en premier lieu leur mère à tous : Vassa Geleznova.

Le personnage de Vassa est complexe et fascinant. Interprétée avec finesse par Christiane Cohendy, elle glisse imperceptiblement, quand tout autour d’elle n’est que fureur et violence, de l’amour à la cruauté, de la compassion à la plus radicale des actions - y compris le meurtre. Personnage en surplomb de tous les autres, préférant ses filles, jusqu’à Lioudmilla, la femme du boiteux Pavel, aux garçons, un peu bêtes et veules, on pourrait ne la croire animée que par la plus simple cupidité et l’instinct de survie. Mais c’est en mère, avant tout, qu’elle agit, veillant sur l’ensemble de la famille, avec un sens aigu du patrimoine, quitte à sacrifier les individus. C’est une mère terrifiante, mais une mère tout de même.

Des deux versions de cette même intrigue que Gorki a écrites, Gilberte Tsaï a choisi la première, celle de 1910 (d’où le titre). C’est, dit-elle, celle où “le matériau humain est pour ainsi dire livré à l’état brut†. Et c’est vrai que l’auteur n’y va pas de main morte. Tout s’enchaîne très rapidement, les personnages, avec leurs caractères peints à grands traits, ne prennent pas la peine de dissimuler leurs passions. Pourtant les comédiens, égaux dans la maîtrise de leur art, trouvent le moyen de les rendre touchants, ambigus et profonds. Serait-ce grâce à l’espace-temps si particulier que ménage cette mise en scène ?

Ce que Gilberte Tsaï fait ici, et qui est très étonnant, c’est que rien, absolument rien dans sa mise en scène ne déborde et ne surprend. Là où notre habitude est prise d’être gavés d’images, emporté par le rythme d’un flot sonore et visuel continu dans tous les médias, y compris le théâtre, nous sommes ici plongés dans un espace qui prend son temps, sans pour autant sombrer dans la platitude et l’ennui d’un excès contemplatif. Le premier acte engage sans concession à entrer dans cette temporalité au réalisme affirmé, et ceux qui acceptent de se départir de leur impatience ne seront pas déçus. Car bientôt la machine s’ébranle, et le drame prend, implacablement.

Vassa 1910
D’après Vassa Geleznova de Maxime Gorki
Adaptation et mise en scène de Gilberte Tsaï
Avec Jeanne Arènes, Jean-Baptiste Azéma, Christiane Cohendy, Sylvie Debrun, Roland Depauw, Damien Houssier, Jacek Maka, Sophie Neveu, Anne Sée, Aurélie Toucas
Nouveau Théâtre de Montreuil
10 place Jean Jaurès
93100 Montreuil
Métro : Mairie de Montreuil
Réservations : 01 48 70 48 90
Site : www.nouveau-theatre-montreuil.com

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