Herv Charton, artisan de thtre

Comdien, improvisateur, metteur en scne, auteur, chercheur, pdagogue...

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Samedi 7 janvier, 14h-18h

Danser les mots

mardi 10 janvier 2012, par Herv Charton

Corps, texte, voix et musique, dans toutes les positions, sous toutes les formes possibles. Une sance quatre (cinq sur la fin) trs agrable pour commencer l’anne.

taient prsents : Brice, Marguerite, Sandra, Selma.

Nous avons commenc par un chauffement collectif, aid par les bambous.

Nous tions un groupe o la position de chacun tait assez claire : Marguerite est danseuse, Brice et musicien, Selma, Sandra et moi sommes comdiens. Bien sr, il s’agit de grandes lignes, mais cela est essentiel de savoir, au dbut du moins, o l’on se situe. Car l’improvisation en elle-mme ne dicte rien, encore faut-il savoir ce que l’on improvise.

Ainsi nous avons fait plusieurs exercices, drivs des Improvisations libres en face face [1] o, au dbut du moins, il s’agissait d’improviser du mouvement quand il s’agissait de danser, et d’improviser du texte quand nous officions en tant qu’acteurs.

Face face, sur des chaises, un danseur et un acteur se regardent. Puis l’un initie un mouvement, ou l’autre une parole, et l’improvisation commence par un jeu de ractions. Petit petit, les chaises sont parties.

Bien sr, il y a l un biais : d’abord le danseur improvise dans le champ du mouvement, sans qu’il lui soit pourtant interdit de parler ; mais surtout le domaine de l’acteur n’est pas la parole (qui serait plutt l’affaire du pote), mais l’action.

Ainsi avons-nous pu constater que, dans l’ensemble, la parole avait une tendance tre du rcit, une parole-image qui n’engageait particulirement ni celui qui la prononce, ni celui qui la reoit. Il y avait coute, porosit, mais non branlement.

Ceci tait d’autant plus flagrant quand "l’acteur" se forait ne pas bouger, n’tre que parole. Dans l’ensemble nous sommes arrivs n’tre pas trop vidents, garder une ouverture et ne pas sombrer dans trop de commentaire du mouvement par la parole ou d’illustration de la parole par le mouvement. Mais il fallait constater que le corps, dans la parole aussi, a ses propres impulsions, et lorsque le texte devenait plus actif, plus impliqu, alors le corps aussi, et vice versa.

Nous avons donc pouss le vice jusqu’ tenter plusieurs configurations, o nous tions tour tour danseurs, acteurs, potes, musiciens (quand Brice est arriv, nous avons fait une improvisation uniquement sonore - donc avec texte possible) :

  • d’abord il s’agissait pour celui qui parlait d’tre dans un rapport au texte plus actif, ce qui signifie, essentiellement, de produire un texte qui engage une relation. Ou de passer de l’un l’autre, le rcit permettant de dfinir un univers fictif.
  • nous avons dvelopp cette ide en dbutant par une scne dramatique entre Selma et moi, et en se permettant, ds le dbut, de partir sur des mouvements qui ne soient pas figuratifs ou naturalistes par rapport l’action engage. C’tait une histoire d’un jeune couple qui visitait un appartement. Un jeune couple probablement strile. Marguerite nous a rejoints assez vite, dans un rapport d’abord exclusivement dans, puis elle est intervenue dans l’histoire en tant qu’amie du couple venue rendre visite (une ex ?).

Ici nous avons pu remarquer la fragilit d’un univers qui se construit par une parole d’ordre dramatique (adresse, engageant une relation entre plusieurs personn(ag)es). Pour le construire et lui garantir une cohrence, nous avons besoin de savoir assez vite dans l’improvisation trois choses :

  • le lieu (ici, un appartement vide)
  • la circonstance particulire (le temps d’une visite, mais c’est peut-tre un peu faible)
  • les rapports entre les gens (jeune couple)

Cet univers, qui se construit sur un plan d’imitation par rapport la ralit, par rapport un rfrentiel qui ne serait pas seulement celui de la scne, celui qui se construit sur scne (ce qui est le cas en danse, par exemple), se fissure la moindre intervention
qui ne le confirme pas. Ici, l’intervention de la danse, et l’exprimentation qui avait t faite avant sur une parole-image nous permettaient d’exploiter les fissures pour circuler travers diffrents univers, diffrents lieux, diffrentes poques et faire mme coexister sur scne plusieurs modes d’expression de la mme histoire. Sans cela, la scne, d’un point de vue purement dramatique / dramaturgique s’croulait assez vite - elle tait bloque (cf. blocage dans le vocabulaire de l’impro thtrale). Il serait intressant de se pencher un temps sur la construction des scnes afin d’tre aussi capables de passer par ce mode d’expression-ci.

  • enfin nous avons exprimenter des choses autour de la dissociation et pourtant l’coute du corps et de la parole, sur des textes connus. L’enjeu tait surtout de ne pas avoir une stricte adquation figurative entre ce texte et ce qu’on fait avec le corps, ainsi que de laisser les intonations, les impulsions et le phras du texte tre guid par ce qui se joue entre les corps, indpendamment d’un sens ou d’une syntaxe. De fait, ces deux oiseaux l rsistent assez bien ce traitement...

En crivant ceci, je me rends compte de la difficult d’crire sur le mouvement, la danse ; j’ai une tendance ne parler que du texte. Ainsi tout complment de la part de ceux qui taient l samedi sera bienvenu.


[1Avez-vous remarqu que cet exercice porte le numro d’article 69 ? (...)

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